Sur Skype, ma mère affirmait que ce n’était pas une bonne idée d’accepter un poste pour un an. C’est trop risqué. S’il te plaît, pense à ta fille. Ne te mets pas en danger. Elle ne me disait pas de penser à elle, cette mère qui acceptait naturellement mon libre arbitre. Elle disait juste : tu ne vas pas repartir. Nous le savions toutes les deux : je repartirais.
Nous nous étions quittés dans le hall de Suvarnabhumi, l’aéroport de la capitale thaïlandaise. Ian, donc, s’envola en Grande-Bretagne. Je retournai en Afghanistan. Lui, trop faible pour marcher, fut pris en charge en priorité. Son fauteuil roulant disparut trop vite derrière les portiques de sécurité, tandis que je restai dans la file de l’immigration. Je tentai en vain de le rattraper dans les couloirs de l’immense aérogare. Je le cherchai au salon d’affaires où nous devions nous retrouver : il n’y était pas. Je courus jusqu’au comptoir pour Londres, qui était déjà fermé.
Le lendemain, je m’installai pour la journée dans un hôtel de Dubaï. Le vol régional vers Kaboul ne devait s’envoler qu’en fin d’après-midi. Dans la fraîcheur d’une chambre luxueuse, je m’efforçai de calmer le désespoir qui montait en moi. Pour le moment, Ian n’était pas mort. Il était sorti volontairement de mon univers avant que la vie ne le quitte à son tour.


