Les jardins de Babour, empereur moghol

Les jardins de Babour, empereur moghol

21 mars 2011. Norouz, le Nouvel An du calendrier persan et zoroastrien coïncidant avec l’équinoxe de printemps, nous offrit un moment de bonheur inattendu. Cette fête laïque célèbre depuis plus de trois mille ans le renouveau de la vie et le triomphe de la lumière sur l'obscurité, unissant les ethnies et les clans d'Afghanistan malgré leurs divergences, les communautés des Balkans, d’Iran, du Caucase et d'Asie centrale – près de trois cents millions de personnes – au-delà des cultures et des religions.

Dans le jardin de notre résidence, les amandiers en fleurs et les premières tulipes, rendirent un peu d’humanité à ce lieu sécurisé. Ce matin-là, je disposai une table sur ma petite terrasse avec quatre bougies colorées apportées dans mes bagages et je pris mon café dehors pour la première fois.

La fonte des neiges tardive et les cols fermés retenaient les taliban dans les montagnes. Leur offensive était annoncée officiellement pour avril – comme chaque printemps. La menace restait sous-jacente, mais, en attendant, la météo nous laissait un peu de répit.

On organisa un pique-nique entre journalistes, avec les familles de nos collègues afghans, dans le jardin en terrasses de Babour. Création spectaculaire abritant la tombe du premier empereur moghol, depuis le premier tiers du XVIe siècle, il offrait dès les beaux jours un écrin de verdure pour les sorties dans l'espace publique, plutôt rares à Kaboul. Les femmes étendirent des nappes brodées sous les arbres, pour partager le Kabouli Pulao, riz au safran, accompagné d’agneau mijoté et de carottes, délicatement relevé de cardamome, de cumin, de coriandre, de raisins secs et d’amandes grillées.

D’emblée, j’aimai cette cuisine aigre-douce d’Asie centrale, qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais goûté en Extrême-Orient. La salade de fruits secs au sirop parfumé à l’eau de rose (Haft Mewa) fut servie à la louche dans de petits bols en faïence bleue. Trop sucrée à mon goût – mais qu’importe, ce dessert portait des vœux d’espérance ! Je pris des photos des plats et des mains manucurées des femmes, une coquetterie interdite sous les taliban.

A Bangkok, mes éditeurs devinèrent un changement. Je produisais enfin des sujets originaux. Le rédacteur en chef me tendit la perche me tendit la perche : il viendrait me voir en Afghanistan, juste avant mon départ, car il comptait discuter d’un poste d’envoyée spéciale, au cas où je serais intéressée.

Je devais d’abord revoir Ian, dont je n’avais guère de nouvelles.

A suivre

Ce roman est inspiré de lieux et de faits réels. Les personnages, à qui l’auteure a prêté une vie et des propos imaginaires, sont utilisés fictivement.

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